Titres des thèmes : (classés dans l'ordre inverse des publications)
3. Fonds AVS confié aux Etats-Unis, un scandale ?
2. Retraites.
1. Projet de réforme AVS 21.
3. Fonds de l’AVS confié aux Etats-Unis, un scandale ?
MARIE-HÉLÈNE MIAUTON ENTREPRENEUSE ET ESSAYISTE MH.MIAUTON@BLUEWIN.CH
LE TEMPS , vendredi 21 février 2025
Pourquoi avoir suivi les règles des marchés publics alors que les services financiers n'y sont pas soumis ?
La nouvelle aurait passé pour un poisson d'avril si elle n'était sortie un 1er juillet. La Tribune de Genève a révélé l'été dernier que le fonds AVS, administré depuis vingt-six ans par UBS, le serait, désormais par une banque américaine, la State Street, entreprise spécialisée basée à Boston. Tout est choquant dans cette affaire qui relève de la responsabilité de Compenswiss, l'établissement qui assure la gestion des fonds de l'AVS, de l'AI et des APG.
Tout commence par un appel d'offres lancé en décembre 2021 déjà, visant à chercher une nouvelle banque dépositaire globale (global custody). Un tel établissement est chargé «d'assurer la bonne conservation des actifs, d'effectuer le calcul des performances, de fournir un reporting et une vue unifiés des actifs, d'assurer le suivi du règlement des opérations de placement et de nommer une banque sous-dépositaire dans presque tous les pays dans lesquels les actifs sont effectivement déposés». La Finma ajoute que la banque dépositaire vérifie que la direction du fonds respecte la loi et les règlements et utilise le résultat conformément à ses obligations. En clair, la banque américaine est chargée de surveiller Compenswiss! Mais qui surveille la banque américaine?
On apaise le bon peuple en lui disant que c'est la succursale zurichoise de la filiale munichoise de State Street qui a été désignée, ladite succursale étant soumise au droit suisse. En outre, les plus de 40 milliards de francs de l'AVS ne migrent pas aux Etats-Unis et, même si la State Street faisait faillite, Compenswiss conserverait les avoirs qui sont en général déposés dans les pays d'émission. Un changement de banque dépositaire n'a aucune incidence sur le lieu où se trouvent ces actifs. Pourtant, ce sont des sous-dépositaires en lien avec State Street qui sont désormais en possession des titres et non plus ceux de l'UBS. Ainsi, des modifications sont bel et bien intervenues.
Face aux remous politiques suscités par cette décision, Compenswiss s'est fendue en octobre 2024, plus de six mois après l'adjudication, d'un communiqué répondant à ses yeux aux principales questions soulevées. Avez-vous tenu compte de la réputation de la place financière suisse et du marché de l'emploi? Compenswiss dévie en corner, en se targuant de son indépendance politique qui lui évite d'avoir à se pencher sur de telles conséquences. Autre interrogation, le risque d'un gel des actifs par les autorités américaines: Compenswiss l'a analysé lors de l'appel d'offres et «il a été évalué comme hautement improbable[ ... ] et similaire pour tous les soumissionnaires, suisses ou étrangers». Hautement improbable, vraiment, sachant combien les relations internationales sont en train de s'en sauvager, et pas seulement depuis l'accession de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis?
Autre sujet d'étonnement: pourquoi avoir suivi les règles des marchés publics alors que les services financiers n'y sont pas soumis? Réponse: parce que Compenswiss en a décidé ainsi ! Dès lors, l'aspect du prix a pesé de tout son poids puisque, parmi les banques suisses soumissionnaires, l'une s'est rétractée, une autre n'a pas convaincu et une troisième était financièrement moins intéressante, comme UBS, semble-t-il. Sachant qu'il pour-. rait s'agir d'un mandat d'environ 20 millions, et que la différence entre les offres pouvait difficilement dépasser 10% à 20%, on parle donc d'une économie maximale de 4 millions.
Ainsi, pour quatre malheureux millions, le conseil de Compenswiss a crié à la face du monde que les établissements suisses étaient soit incompétents, soit trop coûteux. Quelle félonie! Il a transféré une responsabilité administrative importante à une structure étrangère concernant l'argent des Suisses, s'exposant ainsi à toute une série de risques en cas de différends avec les Etats-Unis qui savent user et abuser de l'extraterritorialité du droit américain. li a suscité une polémique inutile dans le pays, il a réveillé la méfiance de 15 ooo citoyens qui ont signé une pétition, il a donné lieu à des discussions parlementaires. Le jeu en valait-il vraiment la chandelle? Il est permis d'en douter.
Les Fonds de compensation AVS/AI/APG (Compenswiss - voir communiqué de presse dans son intégralité) ont réalisé des performances record l'an dernier. Ils ont atteint 10.22%, alors qu'ils avaient subi des pertes de 4,22% une année plus tôt. La fortune sous gestion a progressé de 34.3 à 36.4 milliards de francs. "Toutes les classes d'actifs ont contribué au bon résultat, ce qui est rarement le cas ", précisait le directeur, Eric Berval. Ainsi, le rendement net de la fortune du Fonds de compensation de l'AVS s'élève à 9.62%, celui de l'AI à 9.81% et celui des APG à 9.81% également.
Source : presse quotidienne du 07.02.2020
10.02.2020
Avec une situation financière florissante depuis sa création en 1948, aujourd'hui l'AVS est dans les chiffres rouges.
En cause : espérance de vie allongée, rendement des placements bancaires proches de zéro et surtout les fonds détournés dans les caisses de la Confédération !
Une réforme est donc inéluctable. Conscient de la question, les Chambres fédérales ont décidé d'externaliser la gestion des fonds de l'AVS et de l'AI dès le 1er janvier 2019.
C'est la société "Compenswiss" qui a été choisie. Propriété de la Confédération, de droit privé et constituée d'un conseil d'administration dont les membres sont super bien rémunérés. Mieux, la société est "opaque" aux parlementaires qui voudraient poser des questions embarrassantes ! Un joli coup des lobiste de nos parlementaires!
Le projet de réforme ne s'arrête pas là. La hausse de l'âge de la retraite pour les femmes et une hausse de la TVA de 1,5 point va mobiliser les forces des classes sociales concernées à lancer un référendum.
Le système de prévoyance est en difficulté, c'est pas nouveau ! Rétablir son financement est tout simple pour les assureurs, soit relever l'âge de la retraite et abaisser le taux de conversion qui serait compensé par d'avantage dépargne individuelle !
Beau tour de passe-passe pour maintenir les rentes de retraite.
Quelques chiffres :
Taux de cotisation de l'AVS au 1er janvier 2020. Taux de cotisations LPP (2ème pilier)(plus 0,3 points) sources : ⇒ www.bsv.admin.ch
(Financement selon système de répartition)
Cotisations
AVS.
AI
APG.
AC.
Total
Employeur
4.35%
0.7%
0.225%
1.1
6.375%
Salarié
4.35%
0.7%
0.225%.
1.1%
6.375%
Total.
8.7%
1.4%.
0.45%
2.2%
12.75%
(Financement selon système de capitalisation)
Age.
25-34
35-44
45-54
55-65
Employeur + salarié (part égale)
7% du salaire coordonné (*)
10%. "
15%. "
18%. "
Rente mensuelle moyenne AVS en 2018 : Femme CHF 1'532.- Homme CHF 1'742.-
(*) salaire avec déduction de coordination de CHF 24'475.-
Frais de gestion (en 2018) Millions de CHF Nombre d'assurés Nombre de retraités
AVS 2.14 8'400'000 2'324'849
2ème pilier. 5.2 2'300'000 744'977
Sources : Bulletin de l'AVIVO, no11 novembre 2019. Edito Jean Spielmann
novembre 2019