Politique internationale

Titres des thèmes :  (classés dans l'ordre inverse des publications)

3. Mort de Alexeï Navalny - 1976-2024

2. Prisonnier de Poutine - <<Le but est de briser Alexeï Navalny, mais il peut être fort et s'en remettre»
1. Répression en Russie - Navalny dans l'enfer de la prison IK-2


3. Mort de Alexeï Navalny - 1976-2024

"S’ils décident de me tuer, cela veut dire que nous avons un incroyableble pouvoir"
Alexeï Navalny

L’ennemi numéro un de Vladimir Poutine serait mort dans sa prison en Artique.


Le 16 février 2024, le prisonnier Navalny A.A. est mort dans la prison de Kharp, au-delà du cercle polaire, ou il purgeait une peine de 19 ans de prison pour "extrêmisme". Selon l’hôpital publique de la ville de Labytnangui, "les médecins urgentistes ont constaté la mort de patient" rajoute l’administration du district autonome de Imalo-Nénétsie précisant que les causes du décès étaient en train d’être établies.


Celui qui est devenu l’opposant no 1 à Vladimir Poutine n’est pas tombé du ciel. Sa maturation politique et contestataire est concomitante de l’implantation du poutinisme en Russie. Né en 1976 à Boutonne, près de Moscou, Alexeï Novalny grandit pendant la dernière décennie d’une Union soviétique en déliquescence. Son père, Anatoly, alors officier de communication dans l’armée rouge, et sa mère, Lioudmila, économiste, ont ouvert au milieu des années 1990 une petite fabrique de tressage d’osier. Après des études de droit et de finances, Navalny,"obsédé depuis toujours par la politique" selon ses propres mots, s’encarte à 24 ans au parti social-libéral Iabloko, quand un certain Vladimir Poutine, ex-agent du FSB (les services de sécurité russes) inconnus du grand public, est propulsé à la tête du pays par le clan véreux du président Boris Eltsine.


Le coeur de son activité politique, très tôt, a été la lutte contre la corruption, surtout dans les grandes entreprises d’Etat, l’un des pilier du régime poutinien. En 2007, il se lance dans "l’activisme d’investissement" Navalny achète une poignée d’actions dans les grosses boîtes énergétiques Transneft, Rosneft, Gasprom, ou les banques gouvernementales Sberbank et VTB, pour quelques dizaines de milliers de dollars. En tant qu’actionnaire minoritaire, il exige un droit de regard sur les activités du management, remarquant que les dividendes sont microscopiques par rapport aux bénéfices d’entreprises qui, par ailleurs, disent verser des millions à des oeuvres caritatives, ce dont Navalny ne retrouve aucune trace. C’est ainsi qu’il met le doigt sur les grandes manoeuvres de détournement d’argent opérées par l’entourage de Vladimir Poutine.


Après sa tentative d’empoisonnement en 2020, l’enquête avait mis en cause une unité spéciale du FSB, les services de sécurité russes, dans cet empoisonnement à l’aide d’un agent innervant du type Novitchok. Après avoir été soigné en Allemagne, Navalny avait alors pris cet décision, déjà jugée insensée par la plupart de ses sympathisants, de rentrer en Russie où il a été arrêté dès son arrivée l’aéroport.



Il faut saluer le courage et l’optimisme de Alexeï Navalny car il voulait sans doute croire que vraiment Poutine se contenterait de le laisser crépir en prison. Portant il savait. Et repensons un instant à quelques autres, à ce que fut leur sort : Natalia Estemirova, Stanislav Markelov, Boris Nemtsov, Anastasia Babourova, Alexandre Litvinenko, Sergueï Magnitski, Anna Politkovskaïa, Boris Berezovski.

Source : presse locale du jour

2. Prisonnier de Poutine

 <<Le but est de briser Alexeï Navalny, mais il peut être fort et s'en remettre»

La détention de l'opposant dans l'une des prisons les plus dures de Russie renforcera son poids dans le pays.

Entretien avec le politologue Andrei Kolesnikov.


Le crâne rasé et le ton grinçant. Alexeï Navalny a confirmé lundi · qu'il était incarcéré dans l'une des prisons les plus sévères du pays, la colonie pénitentiaire IK-2, à Pokrov, où son avocate, Olga Mikhailova, a pu le rencontrer. L'opposant du Kremlin doit y purger une peine de 2 ans et demi de prison. «Il faut reconnaître que le système carcéral russe a réussi à me surprendre. Je ne pensais pas qu'on pouvait construire un camp de concentration à 100 km de Moscou», écrit-il. Un message accompagné d'une photo où il apparaît les traits tirés. Entretien avec Andrei Kolesnikov, politologue au Centre Carnegie de Moscou. 

La prison risque-t-elle de briser Alexeï Navalny et ses soutiens? 


Les camps russes, héritiers du système carcéral soviétique, sont très divers. Les autorités ont fait exprès de choisir pour lui une prison au régime réputé très dur. Le but est de le briser, le pouvoir avait déjà cherché à le faire avec Mikhai1 Khodorkovski (ndlr: le milliardaire opposant emprisonné dix ans, principalement dans un camp en Sibérie). Mais comme l'oligarque, Alexeï Navalny peut être fort et s'en remettre. Son passé a prouvé sa résilience. Il faudra que les médias et l'opinion publique le soutiennent à distance. Empoisonné, emprisonné, Navalny ne peut pas quitter la politique après ce qui s'est passé. Il a une autorité désormais morale. Mais l'histoire va bien au-delà de sa personne: la répression de la société civile, la résistance face aux pressions du Kremlin de Poutine. De nombreux Russes vont continuer la lutte, qui ne peut se réduire à Navalny. 

Il ne voulait pas devenir un énième opposant en exil à l'étranger. Emprisonné en Russie, peut-il devenir un martyr?
Sa peine risque d'être alourdie, avec de nouvelles poursuites. Les autorités veulent le garder derrière les barreaux pour qu'il ne puisse plus être le moteur de l'opposition. Mais Navalny finira par sortir de prison et Poutine par quitter le Kremlin. Avec en vue, la présidentielle de 2024. En attendant, Navalny peut devenir un martyr. C'est déjà un leader de l'opposition, qui, avec les derniers événements, a gagné en respectabilité auprès de cercles plus larges de la société civile. Prêt depuis des années à être arrêté ou tué, ce n'est pas un simple citoyen, c'est un révolutionnaire, une figure de la résistance. Cette détention n'est qu'un épisode dans sa carrière. 


Au tribunal, Navalny s'est mis à citer la Bible dans sa défense. Se sent-li investi d'une mission religieuse?
C'est difficile de dire si ces références religieuses révèlent vraiment sa foi ou si elles sont un appel plus politique pour séduire un public de croyants et élargir son audience. Navalny a toujours dit qu'il ne voulait pas se réduire à l'opposition libérale mais être une figure nationale, y compris auprès de la frange conservatrice de la population. Mais n'oubliez pas qu'après son empoisonnement, il s'est réellement retrouvé entre la vie et la mort. Il a survécu. La foi a pu devenir un élément fort dans sa vie intérieure. 


Les télévisions du Kremlin parlent désormais beaucoup de Navalny. Peuvent-elles réussir à le diaboliser?
La propagande d'État a changé de stratégie. Avant, elle ne mentionnait pas Navalny, pour donner l'impression qu'il ne comptait pas sur la scène politique. Mais depuis son retour à Moscou, il est devenu une célébrité et les télévisions ne peuvent plus prétendre qu'il n'est personne. Donc elles cherchent à salir sa réputation, trouvant des problèmes et des erreurs dans son passé, le décrivant comme un nazi et un escroc. Cela peut se révéler efficace. Mais pour les Russes prêts à s'engager en politique, ces manipulations sont perçues comme une motivation de plus pour s'opposer au pouvoir. 


Les nouvelles sanctions occidentales sont-elles utiles?
Paradoxalement, ces sanctions sont plus importantes pour l'Ouest que pour la Russie. Elles ne changeront rien dans notre économie ni dans la vie des Russes. Mais elles ont une importance symbolique. Les sanctions ont, à juste titre, ciblé les responsables de l'empoisonnement puis de l'emprisonnement de Navalny. L'élite russe s'est toutefois habituée aux sanctions. Pour elle, les nouvelles mesures sont une preuve supplémentaire que les relations ne peuvent plus s'améliorer entre Moscou et l'Occident et s'enfoncent dans une impasse.
Benjamin Quénelle Moscou

Navalny a fait parvenir cette photo de la prison IK-2.

jean nydegger

Source : TdG jeudi 18 mars 2021

​​​​​​​1. Répression- en Russie - Nayalny dans l'enfer de la prison IK-2 

L'opposant russe va être incarcéré dans l'une des colonies pénitentiaires les plus sévères du pays. Témoignages d'anciens détenus. Alain Barluet Moscou (Le Figaro) 

C'est un endroit terrible et inhumain. «Une machine à briser les détenus», selon les témoignages de ceux qui y sont passés et ont été marqués à vie. Une fois sa quarantaine achevée, Alexeï Navalny sera incarcéré dans la «colonie correctionnelle 2» (izpravitelnaya kolonia 2, ou IK-2), à Pokrov, à 100 kilomètres au nord-est de Moscou. 
L'opposant au Kremlin doit y purger une peine de 2,5 ans de prison.pour non-respect du contrôle judiciaire dans le cadre d'une ancienne condamnation avec sursis pour fraude. Le 27 décembre der- ' nier, le juge moscovite lui avait fait parvenir une convocation ... pour le lendemain. Navalny se trouvait alors en Allemagne, où il achevait sa convalescence après avoir été victime d'une tentative d'empoisonnement. Tentative que le renseignement américain a imputée à Moscou et pour laquelle Washington a annoncé ses sanctions contre sept hauts responsables russes, dont le patron des services de sécurité (FSB). 
À Pokrov, Alexeï Navalny devra désormais survivre à IK-2, «l'une des colonies pénitentiaires les plus sévères de Russie». Des baraquements à deux étages, divers bâtiments de service, une église en bois et un moulin, «pour la décoration» ... Le tout entouré de cinq clôtures surplombées de miradors. 

Coupés du monde
Konstantin Kotov en est sorti en décembre. Il avait été condamné à 4 ans de prison (peine réduite à 18 mois), {)OUT avoir participé à des manifestations antigouvernementales durant l'été 2019 et relayé des messages del' opposition. Il décrit un environnement dans lequel les détenus n'ont quasi-pas de temps libre et sont complètement coupés du monde extérieur. «Vous disposez de quelques minutes pour vous lever et faire votre lit. Vous avez deux minutes pour enfiler vos vêtements. Vous ne marchez pas, vous courez ... » se remémore Konstantin Kotov. Objectif: maintenir les prisonniers sous pression et les soumettre. 
Pour l'administration d'IK-2, il s'agit de «casser psychologiquement les gens», a raconté à la télévision d'opposition Dojd Dmitri Demouchkine, un activiste nationaliste qui a passé deux ans derrière ces murs après avoir été condamné en 2017 pour «incitation à la haine ou à l'hostilité». Durant sa détention, il n'a pas pu recevoir une seule visite, de même pour ses codétenus. Pas de téléphone pendant des mois ni d'internet. Les avocats ont la plus grande difficulté à s'entretenir avec ceux qu'ils sont censés défendre.
Seul moyen de communication avec la famille, et seulement en cas de bonne conduite, une lettre manuscrite. Et encore: le détenu dispose, chaque semaine, de quinze minutes pour rédiger sa missive, sous l'œil d'un gardien. «À ce rythme, on met un mois pour écrire une lettre», relève Demouchkine. «Le gardien est assis à côté de vous et lit ce que vous écrivez. Si ça ne lui plaît pas, il prend la lettre et la jette», complète pour sa part l'ex-détenu d'IK-2, Konstantin Kotov. 

Les gardiens sont eux-mêmes des prisonniers
Dmitri Demouchkine se souvient de son arrivée dans la colonie. On lui a immédiatement demandé: «Quelle est votre attitude à l'égard de Vladimir Poutine?» «Négative», a répondu le nouveau venu. Il est alors incarcéré dans le «secteur de contrôle renforcé» - (en russe, barak ousilennogo regima, un terme issu du Goulag). Les détenus peuvent parfois n'y rester qu'une semaine, mais il n'y a pas de règle. Demoüchkine y a passé huit mois. Les détenus ont l'interdiction de parler et de communiquer entre eux. En deux ans, il n'aura échangé aucune parole avec eux.
Et ceci, qui pourrait rappeler les heures les plus noires de l'univers concentrationnaire du XX• siècle: les gardiens sont eux-mêmes des prisonniers. On les appelle les «activistes», et ce sont eux qui «tiennent» la colonie avec une poigne de fer. Ils reçoivent pour cela un salaire et certains privilèges, comme celui de se rendre à la douche quand ils le souhaitent - les simples détenus, eux, ne peuvent y aller qu'une fois par semaine, de même qu'à l'église.
Les 800 prisonniers sont regroupés en «brigades» de 55 hommes surveillés par 20 «activistes». Le baraquement est constitué d'une vaste salle prévue pour 60 personnes avec des lits superposés, chacun disposant de 2 m2 avec une table et une chaise. «Chaque fois qu'un «activiste» entre, il faut se mettre debout. Vous imaginez avec vingt, il faut se lever tout le temps», ironise Demouchkine.



Au régime de la cruauté
«Chacun doit garder le dos droit et les pieds joints; si vous vous asseyez mal, vous êtres réprimandés, si vous fermez les yeux, aussi», poursuit-il. Soumis au régime de l'absurde et de la cruauté, le détenu peut se voir être obligé de rester debout des heures, tête baissée, pour une veste mal boutonnée. Tout manquement à la discipline peut vous priver de la perspective d'une libération conditionnelle avant terme.
Les détenus les plus surveillés sont soumis à un régime d'une extrême sévérité. «Toutes les deux heures, il faut se présenter et faire un rapport sur soi-même et sur sa peine», se souvient le nationaliste Dmitri Demouchkine. «La nuit, on vous réveille toutes les heures avec une lampe pour vous faire répéter votre rapport», poursuit-il. Bien évidemment, tout le monde est alors réveillé, personne ne peut dormir. Seul divertissement - obligatoire - , la télévision, uniquement les chaînes fédérales, bien sûr. Et s'endormir devant les programmes des médias peut valoir une punition ...
Les châtiments corporels, passages à tabac et autres tortures, qui étaient monnaie courante, n'ont plus droit de cité, concède l'avocate. Ils auraient pris fin avec l'arrivée d'un nouveau directeur... en janvier dernier. Dmitri Demouchkine, lui, affirme ne pas avoir été battu. Mais «la violence est tellement quotidienne et banale que personne n'y prête plus attention. Les conditions sont telles que... vous rêvez d'être battu et laissé seul.» 

Frais de logement 
En théorie, les détenus peuvent travailler en échange d'un maigre salaire, qui couvre à grand-peine les. frais de logement qui leur sont imposés. Un système qui est régulièrement dans le viseur des groupes de défense des droits humains, dénonçant des conditions harassantes et des journées de travail interminables. Pour le directeur des services pénitentiaires russes (FSIN), Alexandre Kalachnikov - visé par les dernières sanctions des États-Unis et de l'Union européenne -, Alexeï Navalny sera autorisé à travailler comme cuisinier, bibliothécaire ou couturier. Il assure aussi qu'aucune menace ne pèse sur le principal opposant russe. 
«Soit une personne sort de cette colonie brisée psychologiquement, soit elle quitte la Russie immédiatement après avoir purgé sa peine. Dans les deux.cas, pour le pouvoir, c'est un opposant qui quitte le terrain de jeu», estime Maxime Troudolioubov, rédacteur du site d'information Meduza. L'opposant Ilya Iachine, lui, raconte avoir demandé récemment à Navalny s'il avait peur de se retrouver derrière les barreaux. «Pas du tout, la moitié du pays est passée par la prison», lui aurait répondu celui qui est désormais le détenu le plus célèbre de Russie. Et d'ajouter: «D'autres ont fait face sans craquer, cela signifie que je le peux moi aussi, s'il le faut ... » 

«Soit on sort de cette colonie brisé psychologiquement, soit on quitte la Russie. Dans les deux cas, pour le pouvoir; c'est un opposant qui quitte le terrain de jeu.» 

​​​​​​​Maxime Troudolioubov. Rédacteur du site Meduza 


Derrière les barbelés, les baraquements d'IK-2 et son église. Le pénitencier est connu pour être l'un des plus inhumains du pays.

jean nydegger

Source: TdG jeudi 4 mars 2021

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